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le concours de l’Union Européenne
avec le Fonds Social Européen

Accompagner une personne en situation d'illettrisme

Accompagner une personne en situation d'illettrisme nécessite d'adopter une posture professionnelle adaptée.

Quelques points essentiels de l’accompagnement d’une personne en situation d’illettrisme[1] :

 

D’abord, ce qui rend difficile à une personne de s’engager dans un parcours de formation, ce sont les freins, plus particulièrement deux :

  • Freins liés à l’histoire des personnes et à leur environnement (la honte et la peur, l’histoire d’un échec scolaire, l’histoire familiale, les pratiques de contournements, des représentations sur la formation ou sur ses capacités…)
  • Freins liés aux dispositifs de formation(souvent inadaptés ou inexistants, manque d’information sur l’offre existante, nombre d’heures insuffisant, des pratiques pédagogies inadaptées…)

 

  • Ensuite, les conditions pour garantir l’accès à la formation des personnes/demandeurs d’emploi ne maitrisant pas les savoirs de base :
  • Une logique d’action territoriale avec des médiateurs formés (proximité des réponses – les personnes ont de réels freins de mobilité, formation/sensibilisation des médiateurs, ici les agents Pôle emploi, …)
  • Une souplesse dans les modalités de fonctionnement de la réponse de réapprentissage qui tient compte de la difficulté des personnes à faire le premier pas (accepter un rythme irrégulier au début, pouvoir augmenter le nombre d’heures en fonction de la capacité de la personne à se concentrer, à gérer les autres aspects de sa vie...) ; intégrer le fait que les parcours ne soient pas forcément linéaires, qu'il y ait parfois des interruptions; des entrées et sorties permanentes...)
  • Du temps pour construire des apprentissages (le passé d’échec des apprentissages premiers laisse des traces ; besoin d’un temps suffisamment long pour établir la relation de confiance nécessaire au réapprentissage, pour garantir un accompagnement personnalisé, adapté aux besoins des personnes, à leur rythme d’apprentissage et à leurs objectifs propres…)
  • Des groupes restreints, qui ne dépassent pas 8 personnes, et si possible, dans un premier temps, un accompagnement individuel avant de passer en grand groupe pour permettre une réelle individualisation des parcours en fonction des besoins et des niveaux de chacun...
  • De l’accompagnement (suivi par les médiateurs ; ne pas perdre le contact avec la personne ou avec l’organisme de formation pendant les apprentissages)
  • Un choix d’acteurs-formateurs-médiateurs intégrés dans le tissus social et rpofessionnel local (l’ancrage territorial est important, ainsi que le travail en réseau des partenaires)
  • La participation des apprenants ou anciens apprenants pour s’appuyer sur leurs savoirs (les ressources créées avec les Maillon de Marseille peuvent venir en appui ; on pourrait même imaginer qu’un ambassadeur vienne témoigner lors d’une réunion…)

 

 

  • Un peu d’histoire:

 Avec l’émergence des premières actions de lutte contre l’illettrisme (officiellement 1984), différentes expériences et expérimentations ont été menées. Les dispositifs qui ont porté du fruit (c'est-à-dire qui ont rejoint les personnes réellement en situation d’illettrisme et leur ont permis de progresser dans l’acquisition de savoirs de base) ont un certain nombre de points communs autour de la notion d’ateliers permanents de lutte contre l’illettrisme :

* Spécificité du public en situation d’illettrisme

* Un accueil individualisé du public (pour favoriser la mise en confiance, pour aider à faire le pas vers la formation)

* Principe des entrées et sorties permanentes

* Des plages horaires diversifiées (pour favoriser l’accueil de tous suivant les situations personnelles ou professionnelles)

* Petits effectifs (allant de 3 à 8 personnes)

* Proximité géographique

* Formation extensive (quelques heures par semaine sur de la durée... et pas de limite dans le temps)

* Accueil sans limite d’âge, de statut...

* Intervention de salariés coordonnateurs qui peuvent mettre en place des équipes de bénévoles tout particulièrement pour l’individualisation (et parfois pour des relations individuelles de formation quand cela est nécessaire)

* Pédagogie centrée sur les centres d’intérêt des apprenants, dans un principe de contextualisation des apprentissages

* Equipe pédagogique ayant du temps financé pour aller rencontrer les médiateurs (personnes-relais rencontrant le public : pôle emploi, missions locales, structures d’insertion par l’activité économique, travailleurs sociaux, associations humanitaires...) et pour faire un véritable suivi et une évaluation du travail pédagogique

* Equipes pédagogique travaillant en partenariat avec les structures de formation qualifiante pour proposer un cursus de formation après la phase d’acquisition des savoirs de base[2].

 

  • Un peu de pédagogie pour les ateliers d’apprentissage :

Dans le souci d’un suivi adapté des demandeurs d’emploi en situation d’illettrisme qui intègrent une formation sur les savoirs de base, mais également dans l’optique d’écrire un cahier de charges adapté à ces personnes, nous rappelons quelques points pédagogiques essentiels. Nous pensons que ces aspects doivent également être connus par les agents pôle emploi qui assurent un accompagnement de plus longue durée :   

 

* Ne pas mélanger les personnes en situation d’illettrisme avec un public non francophone : ce sont des démarches complètement différentes. Eviter autant que possible également de mélanger une personne en situation d’illettrisme avec une personne en situation d’analphabétisme, même si cette dernière est francophone. 

* Développer des pédagogies adaptées dont les pédagogies de la conscientisation, les pédagogies de projet pour favoriser la mise en place d’un sujet acteur qui prend du pouvoir sur sa vie, qui découvre qu’il peut changer le cours de sa vie et celle de son environnement en réapprenant.

* Développer la coopération entre apprenants et formateurs pour que les contenus de formation, l’évaluation de la formation soient co-construits.

*Développer les projets transversaux avec les acteurs et établissements culturels (ateliers d’écriture créative, pratique théâtrales… dans les médiathèques, les théâtres…) pour donner du goût et du sens à la démarche de réapprendre. Ne pas se suffire d'utiliser des écrits professionnels ou des papiers administratifs pour l'apprentissage des savoirs de base mais intégrer la dimension culturelle (tout ce qui va permettre de donner envie d’apprendre et de mieux comprendre le monde).

* Généraliser l’utilisation des écrits « FALC " (faciles à lire et à comprendre) (le falc proscrit, par exemple, la saisie en majuscules, difficile à lire et qui ne permet pas l’usage des accents, essentiels à la compréhension d’un texte).

* Développer « une forme de tutorat » afin d’éviter les ruptures de parcours en appui aux formateurs (notamment en complémentarité avec les réseaux de bénévoles qui sont formés sur la problématique illettrisme).

 

 

Pourquoi une formation à effectif réduit ?

(sinon un accompagnement individuel, au moins dans un premier temps) :

- l'apprentissage génère beaucoup de fatigue chez les adultes, surtout quand il s'agit de réapprendre;

- les personnes en situation d'illettrisme ne peuvent pas faire deux choses à la fois, pour certaines cela va jusqu'à arrêter le travail pour suivre une formation (témoignage d’une ambassadrice du Maillon de Marseille), même si elle n'est pas 5j/5, ce qui serait d'ailleurs impossible à suivre pour ces personnes-là;

- les personnes ont besoin de silence pour se concentrer : le bruit ne leur permet pas de travailler, et cela va parfois jusqu'à démotiver la personne, voir même lui créer une situation de stress très importante.

- la formulation de la consigne : elle doit être claire, sans ambiguïté, une seule chose à la fois ; éviter de formuler/donner une double tâche ;

 

 

[1] Ces réflexions sont issues à la fois de notre travail avec le Maillon de Marseille et la Chaine des savoirs, et de la réponse apportée par la Chaine des Savoirs à la sollicitation du Ministère de travail sur des questions d’illettrisme.

[2] Extrait de la réponse donnée par Anne Vinérier, chercheuse experte en illettrisme, et la Chaine des Savoirs, association constituée de personnes en situation d’illettrisme et de médiateurs, à la sollicitation du groupe « mission illettrisme » sur ces questions, mandaté par la ministre du travail en 2019.


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